Posts by "Marie-Agnès"

L’œil du supporter : Reims – Bastia

En quatre mots : passion, frissons, frustration, cartons… !

Si Reims négocie bien la soirée, il pourrait grappiller de précieuses places, éloignant ainsi l’épée de Damoclès de la relégation menaçante. C’est aux joueurs de saisir l’opportunité, maintenant. Ils viennent de battre Angers et Caen, respectivement cinquième et huitième. Bastia, actuel quatorzième, est à leur portée.

Prêts à bondir, les Rouge et Blanc le confirment par Bangoura, l’intenable nouveau numéro 14, impérial dans son couloir droit. Ses débordements affolent le bloc défensif bastiais mais hélas pas leur gardien, en alerte rouge ! Le ballon se fait balader d’un but à l’autre. Placide peut remercier son poteau droit. Les défenseurs rémois sont à l’œuvre, valeureux, mais trop de ballons se perdent par maladresse. Le pressing n’est pas assez haut. Imitant la pluie, les fautes pleuvent et les capitaines sont sommés par l’arbitre, légèrement dépassé, de calmer le jeu.

Notre coach Guégan réagit offensivement grâce aux entrées de Diego et de Bifouma. Un rapide corner vient concrétiser nos intentions de gagne. Lorsque Placide ne capte pas le tir d’Ayité, la désillusion sonne Delaune. 0-1. Le scénario est mauvais mais les acteurs poursuivent le jeu sur un terrain glissant. Sur un coup franc rémois, l’invincible poteau gauche corse fait rasseoir tout un stade, déjà en proie à l’ivresse de l’égalisation. Bifouma s’écroule, le penalty échappe au pantin aussi jaune que ses 8 cartons, et la confiance s’envole. Les Corses rasent le sol pour égrainer les minutes. En guise de va-tout, Oniangué arme un « missile-volée » boxé par le portier adverse, puis une tête piquée. Les supporters frémissent… à côté. Avec 32 points, nous raccrochions les wagons à la 12e place. Le Stade 17ce soir rate le coche.

Marie-Agnès de Francqueville, écrivain public

Today we live d’Emmanuelle Pirotte

« Renée est devant Mathias. Elle s’arrête et se penche pour cueillir une fleur. Mathias est ramené brutalement en arrière, en cette matinée de décembre, dans le silence ouaté par le froid, où résonne par moments une détonation, le croassement d’une corneille. Il tient René en joue. Elle lui tourne le dos. Et voilà qu’elle se retourne et le regarde. Mathias se fige, incapable de tirer. Son corps est paralysé, mais, à l’intérieur, il vacille, et glisse, pris par une sensation de chute vertigineuse accompagnée d’un brusque haut-le-cœur, comme quand on rêve qu’on tombe et qu’on s’éveille juste avant de s’écraser. Quand il revient à elle, l’enfant le regarde toujours, de ses yeux noirs et brillants comme des laques, ardents et graves. Il peut presque éprouver physiquement le rythme du sang pompé par le cœur de la gamine, déferlant dans ses veines, ses muscles, irriguant ses lèvres rouges, d’où s’échappe son haleine, aussitôt matérialisée par l’air glacé. Quelque chose d’ineffable émane d’elle, une extraordinaire et impérieuse présence. Elle est la vie, et elle le regarde comme si elle le reconnaissait, comme si elle l’attendait. Ce n’est pas lui qui a choisi de ne pas l’abattre. C’est elle qui l’a choisi. »

Ce premier roman est un coup gagnant. Bouleversante, écœurante, haletante, déconcertante, cette histoire singulière ne cède aucune place à l’indifférence. Elle nous immerge dans l’opération Griffon, contre-offensive allemande dans les Ardennes belges en 1944. Son objectif est de capturer intact les ponts sur la Meuse pour le passage des troupes germaniques. Sous l’autorité d’Otto Skorzeny, des soldats allemands se déguisent en américains et utilisent des véhicules pris à l’ennemi. Ces infiltrés parlent couramment l’anglais. Ils apprennent des injures américaines et la manière d’ouvrir un paquet de cigarettes ou d’offrir du feu. Mathias est un de ceux-là. Il agit tel un automate, jusqu’au jour où il croise le regard d’une petite fille juive. Pas n’importe quel regard…

L’œil du supporter : Reims – Saint-Étienne

Dimanche 24 janvier 2016,  22e journée de Ligue 1 de football

Stade de Reims (18e à 22 points)  –  AS Saint-Étienne (7e à 32 points)

web-oeil

SDR-ASSE par l’œil du supporter. Ou quand la passion s’associe à la nostalgie, le tout lors d’un match longtemps indécis…

Stade de Reims-AS Saint-Etienne…

Il est des équipes mythiques qui vous remuent les tripes pour la vie. En 1976, j’ai 10 ans lorsque les Verts de Saint-Étienne nous emportent dans leur chevauchée fantastique de coupe d’Europe. Si je suis là ce soir pour incarner l’œil du supporter, c’est pour vibrer comme toujours. Les Rouges de Reims sont agressifs sur le porteur du ballon et récupèrent à l’image de Kankava, véritable sangsue du rond central. De Préville nous offre un superbe ciseau retourné que dégage le rusé Ruffier. Diego amène du dynamisme et sa frappe enroulée du danger. Les Verts sont bien pâles et peu incisifs malgré une bonne possession de balle. Notre virevoltant numéro 12 a la balle de but, mais le meilleur joueur et gardien stéphanois veille au grain. Mais comment font nos visiteurs pour être septièmes au classement ? La réponse va venir de leur unique tir cadré qui ouvre le score à la 60e. Du réalisme, voilà tout. Delaune reste muet, seules résonnent les timbales des fervents supporters adverses. Charbonnier dévisse, les sifflets fusent et l’ennui s’installe. Je m’échappe un instant et je revis cette 112e minute contre Kiev où Rocheteau « libéra la France » pour la faire chavirer à tout jamais. L’ardeur était tout autre. Cette pensée sourit à Delaune. Le Stade ne lâche pas et Mandi égalise du bout du pied. 1-1. C’est mérité. Les trois minutes de temps additionnel seront les plus palpitantes du match. On y croit. Mais non. Le manque de percussion aura été frappant de part et d’autre, et ce malgré les tambours.

Marie-Agnès de Francqueville, écrivain public.

L’œil du supporter : Reims – Toulouse

Samedi 9 janvier 2016,  20e journée de Ligue 1 de football

Stade de Reims (17e à 21 points)  –  Toulouse FC (19e à 17 points)

A10

SDR-TFC par l’œil du supporter. Ou quand le Stade de Reims fait passer le public de Delaune…par tous les stades…

Stade de Reims-Toulouse FC…

Ce soir, tous les supporters rémois veulent retrouver la fièvre de la victoire et du beau jeu collectif. Les joueurs resserrés se rassemblent dans le rond central. Que se disent-ils ? Un bon présage plane… « Pour un match avec les Rouges, on est prêt à se damner » siffle Delpech de son nuage. La réaction d’orgueil surgit de la tête par Devaux et le Stade mène la danse 1-0. Les Rouges nous offrent le visage de la combativité. Le public se déchaîne, muselé depuis trop longtemps : « Qui ne saute pas n’est pas Rémois, allez ! » Notre gardien n’est guère placide, les passes imprécises ne sont pas encore gommées. Traoré et De Préville sortent du lot, certes, mais n’empêchent pas le retour du TFC dans la bataille dès le retour des vestiaires. 1-1. Ben Yedder enfonce le clou à 1-2 mais le Stade ne lâche pas…jusqu’au carton rouge qui lui, nous cloue au pilori, condamnés à l’exploit. Une vague houleuse scande un nom de sauveur, laissant le temps au numéro 10 des Violets de s’infiltrer pour éteindre tout espoir de volte-face. 1-3. La douche est glacée. Un soupçon de réveil ne nous a pas échappé. Défaite encourageante, j’ose le dire.

Marie-Agnès de Francqueville, écrivain public
www.ecrirensemble.com

Les lunes de Mir Ali de Fatima Bhutto

Ce livre est tombé entre mes mains après une diète de lecture. Il me plongea dans un pays, le Pakistan, où se mêlent tendresse et violence, incompréhension et désir d’évasion. Un pays en recherche de son âme profonde où la trahison envenime l’avenir de son peuple. Trois frères empruntent des voies, chacune marquée par leur enfance et leur attachement au passé ou au lendemain. Ils sont confrontés à des choix d’une vie à vivre, comme tout un chacun, dans un pays qui ne connaît plus la solidarité. Seules la dénonciation et la révolte grondent. Samarra ne veut pas suivre à l’étranger son amoureux Aman Erum, le frère aîné :

— Je ne veux pas quitter Mir Ali. Je ne veux pas marcher dans des rues qui n’ont aucune mémoire de ce que j’y ai vécu. Je veux que toi et moi accompagnions nos enfants à l’école dans des rues que nous connaissons par cœur, des rues qui nous connaissent depuis notre enfance.

Les livres ont ce pouvoir magnétique de nous transporter, un instant, dans un univers choisi par l’auteur. C’est libre de toute contrainte que nous pouvons soit le suivre corps et âme, soit le désavouer en laissant la poussière dévorer les pages délaissées. Faites votre choix…